En proposant de racheter Bouygues Telecom pour 10 milliards d'euros, Patrick Drahi veut revenir à un marché à 3 acteurs. Xavier Niel l'aiderait en rachetant une partie du réseau de Bouygues...

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Retour à la case départ sur le marché de la téléphonie mobile?

C'est ce que l'on peut penser après l'offre d'Altice, la société de Patrick Drahi : le milliardaire des télécoms propose de racheter Bouygues Telecom pour 10 milliards d'euros.

Suite à cette annonce, Xavier Niel s'est empressé dans la foulée d'indiquer qu'il était entré en négociations exclusives avec «Numericable-SFR pour l’achat d'un portefeuille d'actifs (NDLR: de Bouygues Telecom) dans le cadre de l’offre remise par Altice.»

Lors de la bataille pour la prise de contrôle de SFR-Numericable, le groupe de Xavier Niel avait proposé 1,8 milliard à Bouygues pour racheter une partie du réseau de Bouygues Telecom :  le rachat de SFR par Numericable avait rendu caduc cette offre.

Il est à noter qu'en Israël, l'autre terre d'élection des deux entrepreneurs, Xavier Niel et Patrick Drahi sont en concurrence forte sur le marché de la téléphonie mobile.

En attendant l'offre de rachat d'Altice doit être examinée mardi 23 juin par le Conseil d'Administration de Bouygues Telecom, même si Martin Bouygues a déclaré à plusieurs reprises qu'il ne souhaitait pas vendre l'opérateur. On en sera plus demain : pour le moment Bouygues Telecom a précisé qu'aucune négociation n'était en cours.

Il faut dire que cette offre valorisant Bouygues Telecom à 10 milliards d'euros est alléchante mais pose maintes questions : comment Altice peut-elle réunir une telle somme après s'être emparée de Numericable, SFR, Virgin Mobile, Portugal Telecom, Suddenlink par endettement (environ 30 milliards d'euros de dette/33,4 miliards de dollars)? Quid du sort des salariés de Bouygues Telecom? Un retour à 3 opérateurs est-il souhaitable pour le marché et l'écosystème télécom? L'ARCEP pourrait-elle l'accepter?

Une chose est sûre: en cas de rachat de Bouygues Telecom par Altice, le franco-israélien Patrick Drahi et Xavier Niel deviendraient les grands gagnants de la libéralisation du marché, décidée par les politiques via l'octroi d'une licence pour Free Mobile en 2012.

3 ans plus tard, le marché serait à nouveau dominé par 3 acteurs : la baisse des prix des forfaits avec l'entrée de Free Mobile n'aurait finalement servi qu'à pousser Bouygues Telecom vers la sortie.

Et ce jeu de dupe pourrait même conduire à terme à une hausse des tarifs, le contraire du but recherché à l'époque.

Martin Bouygues aurait-il pu penser que la décision d'octroyer une 4ème licence par un gouvernement présidé par l'un de ses amis (Nicolas Sarkozy) le conduirait un jour à envisager la vente de sa pépite télécom?

En fait le Président était plutôt contre l'octroi d'une 4ème licence. Xavier Niel, avait indiqué à l'époque dans le Canard enchaîné, comment François Fillon avait réussi à lancer l’appel d’offre pour une 4ème licence mobile alors que Nicolas Sarkozy n'y était pas favorable.

«Fillon a fait adopter le texte en Conseil des ministres en vitesse pendant que Sarko était sorti répondre à un appel ! Et il a signé le décret en profitant de son malaise vagal», a indiqué le fondateur de Free.

On n'est jamais mieux "Drahi" que par les siens!

Un autre dicton pourrait aussi convenir à cette saga télécom : là où Drahi passe, les concurrents trépassent...A moins qu'à force de vouloir trop grossir, la grenouille Altice, comme dans la fable de la Fontaine prenne le risque que sa dette enfle un peu trop...

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